L'homme aux cheveux jaunes

Du comique à l'horreur
L'homme aux cheveux jaunes, sous ses airs de benêt insignifiant, est un personnage clé. Dans le texte de Maupassant, il n'a pas de nom. C'est d'abord le " garçon aux cheveux jaunes, le commis etc." A la fin du texte, c'est " le mari". Dans le film, Renoir lui donne plus de consistance : il a un prénom, Anatole. Faire-valoir et souffre-douleur d'un autre benêt qui se croit supérieur, monsieur Dufour. Anatole est, selon moi, une des principales pièces maîtresses dans le drame qui se joue. Renoir respecte le texte en lui laissant sa laideur physique, sa niaiserie, sa servilité envers monsieur Dufour et son manque de personnalité (il suit le groupe docilement). En revanche, Renoir prend de la liberté avec la nouvelle de Maupassant par petites touches. Chaque endroit où se trouve Anatole, chacune de ses répliques, chacun de ses gestes sont des éléments donnant au spectateur le sentiment de malaise. Anatole est l'incarnation de la menace, du sort réservé à Henriette. Renoir utilise Anatole pour mieux nous faire entrer dans l'histoire et mieux nous intéresser aux autres personnages, notamment Henriette bien évidemment. Anatole devenu mari de Henriette est tout autant terrorisant. Une fois encore, par petites touches, Renoir nous suggère le tyran domestique. Il dort, satisfait après une partie de pêche, pendant que Henriette s'ennuie. Quand il se réveille, il l'appelle, comme une servante. La houspille pour qu'elle l'aide à enfiler sa manche de veste. C'est un incapable qui ne sait toujours pas manier une canne à pêche. C'est un impuissant qui n'a pas conçu d'enfant. L'illustration de cette impuissance est la scène où Henriette doit lui enfiler la manche de veste. Henriette l'aide mais son regard est plein de haine... Malgré ses défaillances, sa laideur et sa bêtise, Anatole est un mari despote et possessif. Il enlace Henriette par la taille, signe de domination et de possession. Ce geste est intolérable car nous savons que sans Henriette, il ne serait rien. Henriette rame car elle est soumise (n'ayant pas pu échapper à son destin) et que Anatole est incapable de ramer correctement...

6 commentaires:

annemarie a dit…

L’irrésistible ascension du garçon aux cheveux jaunes ?

Son attachement à monsieur Dufour questionne ; il aide son patron, il s’enivre avec lui, il s’endort à son coté, il ne pense qu’à pêcher (mais il a bien du mal ) et à ingurgiter . Il est celui qui prend la suite.
Quel beau parti !!
Quel drôle de père que ce monsieur Dufour !!

Anonyme a dit…

je ne suis pas d'accord avec la dernière remarque concernant Henriette qui rame. Ce n'est pas par soumission. On découvre ainsi que c'est elle qui est revenue à cet endroit qu'elle était seule à connaître, avec l'espoir de rencontrer Heuri auquel elle pensait tous les soirs. Enfin cette rencontre a lieu et pour moi cette fin est plutôt heureuse.
Yvon

Alain Arnaud a dit…

Ah ça se discute !!!

Je ne peux contredire ce dernier point de vue. D'autant qu'il confirme dans le film et contrairement à Maupassant, une Henriette active, qui a du caractère.

Mais il ne me semble pas que ce soit incompatible. L'image donne bien l'idée d'une soumission contruitre juste avant dasn la séquence. En effet on vient de voir qu'Henriette s'est soumise à Anatole quand celui-ci en se relevant émet cette expression choc - qui est un ordre infantile comme tout machisme ordinaire - : "Et alors !!". On voit Henriette l'aider à enfiler sa veste. En revanche on voit que cette soumission est volontaire mais au fond non consentie, par la révolte contenue exprimée par l'actrice à ce moment.
(voir aussi "le point de vue" dans le 4ème message de la partie centrale du blog.)

Autre définition de l'art : qu'une image construise plusieurs significations. Il n'empêche qu'on ne puisse se passer d'en débattre âprement).

annemarie a dit…

Ce n’est pas certainement par hasard si Henriette se trouve dans ce cabinet particulier, cet « asile introuvable qu’il fallait connaître » alors que les poissons et donc Anatole préfèrent le trou d’eau, elle espère y retrouver une émotion, une houle du cœur et du corps. Rencontrer Henri ? Qui sait ? et lorsqu’il apparaît, elle est suffoquée. De quoi suffoque-t-elle ? De bonheur ? De la collision entre souvenir et réalité ? D’une passion si longtemps réprimée, fantasmée, reconstruite ?
Comme si revoir Henri permettait de clore quelque chose, comme si tous les soirs elle s’était dit : le revoir, une fois, une seule fois, comme une prière.
Là je me demande si je n’invente pas un peu !!

Michèle Robert a dit…

Ce n'est pas un hasard si Henriette se trouve dans le cabinet particulier. C'est l'endroit idéal pour y nourrir le souvenir, la nostalgie, le regret, la révolte. De quoi penser qu'elle existe, qu'elle a existé. De quoi également alimenter sa rêverie quand elle chez elle car elle " y pense tous les soirs". Rencontrer Henri n'est pas le but premier puisqu'elle le " rencontre" en se rendant à cet endroit précis. Mais le fait de le voir lui permet de le dire et en entendre l'écho.

Michèle Robert a dit…

Je rebondis sur la réflexion : " quel drôle de père que ce monsieur Dufour!"
Certes, mais Henriette n'a vraiment pas de chance!Quelle drôle de mère que madame Dufour !
Incapable d'être véritablement aux côtés de sa fille. Incapable de tenter de la comprendre, l'écouter. Eludant ses questions, ramenant tout à sa petite personne.Frustrée. Elle devrait être le centre d'intérêt puisque cette sortie est pour sa fête. Et la fête, elle la veut ! Son mari l'émoustille en se permettant une privauté;lui touchant le mollet en l'aidant à la descente de la calèche. Faussement choquée, elle glousse. Projette... Mais hélas, après le repas le gros mari repu ronfle.Alors, elle s'agace. Il ne répond pas à ses avances : " l'an dernier dans la forêt de Saint-Germain" mais monsieur Dufour ne veut pas se souvenir et déteste les chatouillis de brin d'herbe censés le ravigoter. Gros homme ronflant; commis hoquetant... Pas un homme ne répondant à ses attentes. Elle le dit d'ailleurs à son mari " si tu étais un homme !!!".
Elle devient hystérique, s'ennuie et pleurniche comme une gamine capricieuse ; la fille doit prendre soin de la mère. Rôles inversés. Comment la mère pourrait entendre et expliquer le trouble de Henriette alors qu'elle est elle-même troublée et ne peut pas contrôler et comprendre ?
Henriette est seule face à ce trouble et doit prendre en charge celui de sa mère.
La mère est plus enfantine que la fille pour le désir de monter dans la yole avec Rodolphe, elle pousse en avant Henriette pour la demande..
J'abrège,pour finir : Henriette a peur d'aller sur l'île avec Henri, elle en pressent l'issue. Elle a sa mère comme ultime argument : " ma mère va s'inquiéter, me chercher, elle n'aime pas l'eau et voudra retourner..." Quand Henriette énonce cela, sa mère arrive en yole avec Rodolphe qui annonce qu'ils vont plus loin.
Henriette n'a plus de barrière,la mère ne se préoccupe de rien. Juste de son amusement et du plaisir de se savoir courtisée par Rodolphe.

Henriette ira sur l'île. Est-ce bien,est-ce mal? Ce n'est pas la question. Ce qui me semble choquant est la façon dont Henriette est laissée seule face à son destin.
Pas de dialogue réel. On peut imaginer qu'il n'y aura pas de dialogue après. Henriette gardera son secret, son mal-être.